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Propos design

Mon métier, ce que j'en dis  :

C'est design !

 

"Design" n'est pas un adjectif. Pourtant, qualifié un objet de "design" est l'apanage de certains publicitaires pour donner faussement à un produit une aura de modernité, de positionnement haut de gamme, ou encore pour évoquer un travail esthétique à même de valoriser l'égo du consommateur qui en ferait l'acquisition. Nous avons le droit à la cheminée design, le meuble design, la voiture design, etc... Sauf qu'aujourd'hui quasiment tout les produits sont nés sous le crayon d'un designer sans que cela devienne une opération de communication jouant sur la crédulité du public.

 

Mais alors, le design c'est quoi ?

 

Les entreprises peu aguerries à la pratique du design font appel à un designer bien souvent en aval de la conception d'un produit pour y mettre un coup de joli, sa vraie valeur ajoutée n'étant pas perçue.

Or, le design est une démarche de conception quelque soit la dimension artistique appliquée. Dans le design d’un objet l’extérieur s’exprime selon la construction interne. Et idéalement, l’externe ne devrait pas être imaginé après que l’interne ait été conçu.

Le designer est donc un acteur de la construction interne de l’objet, et par là il faut comprendre que l'esthétique est la somme d'un travail d'intégration d'éléments physiques mais aussi de notions d'usage, d'ergonomie, d'organisation des fonctions, d'expérience utilisateur, d'émotion, de sensation, d'appropriation, d'identification, d'image de marque, etc.

 

 

Le design, quand ?

 

Dans une entreprise n'ayant que peu ou pas l'expérience du design, Il n'est pas toujours évident au cours d'un projet de saisir le moment pendant lequel faire intervenir un designer indépendant.

Trop tôt, c'est par exemple un cahier des charges incomplet ou des objectifs flous (ce à quoi je peux malgré tout vous aider à définir).

Trop tard, ce sont par exemple des étapes de création mises à mal par une phase de développement industriel lancée prématurément.

 

La plupart des projets sur lesquels j'ai travaillé ont mis en moyenne deux, voir trois années avant de sortir sur le marché. Pour les plus longs, le délai est parfois de cinq années.

 

En tout les cas, pour éviter les écueils le mieux est bien sûr d'en discuter ensemble et de plannifier chaque étape de la vie du projet.

 

 

L'innovation

 

Pour imaginer de nouveaux objets, il faut s'attacher à leur fonction et reconsidérer la façon dont nous utilisons ceux que nous connaissons, ainsi que leur forme.

 

Cette propension à chercher de nouvelles manières de faire et de penser l'objet nécéssite une certaine disposition d'esprit. C'est une démarche intuitive, itérative, associative, d'observation et de réflexion proche de celle du chercheur.

 

Dans ce sens,  les entreprises en recherche d'innovations fortes privilégient aussi aujourd'hui le couple R&D-design autant que celui du marketing-design.

Le design,

pour qui ?

 

Le design doit servir à redynamiser l'offre et l'image de l'entreprise, affirmer sa présence sur le marché face à une concurrence parfois rude, donner forme à une innovation et de nouveaux usages, rentabiliser des investissements, etc.

 

Entre une demande d'ordre esthétique et l'intégration du design comme élément majeur de la stratégie de l'entreprise, les motivations pour faire appel à un designer sont donc nombreuses.

Et pour choisir un designer, prenez celui qui correspond le mieux à votre demande, car il en existe de plusieurs sortes.

 

 

La part de l'artiste

Le designer ne se revendique pas artiste, car il ne part pas de son monde intérieur pour en extraire une oeuvre. C'est en effet dans l'articulation des données du brief, des tendances du marché, des contraintes industrielles, sa connaissance des marques, son expérience, les discussions que vous pouvez avoir avec lui, que sont la matière nourrissante de sa créativité.

 

Et pourtant, il n'y a pas deux designers qui vous feront le même travail malgré un cahier des charges identique, car il faut ajouter à cela sa sensibilité, sa culture, son talent et même pourquoi pas ses défauts (tant qu'ils puissent être des qualités... pour ma part je suis perfectionniste). Et par dessus tout, sa part d'artiste, au-delà des méthodes et des enseignements.

 

Si vous abordez ce sujet avec d'autres designers, vous constaterez parfois une sorte de malaise, même de la véhémance par crainte de voir la profession réduite à un simple geste artistique gratuit.

De mon point de vue, derrière les grandes marques et les beaux produits, oeuvre bien souvent des designers dont "la part de l'artiste" est immense.

 

 

Le beau et le bon

 

Du point de vue de l'utilisateur, ces deux notions doivent être liées. Un beau produit est celui qui créé de l'émotion, de la désirabilité et qui parfois nous pousse à choisir un produit plutôt qu'un autre en dépit de son prix plus élevé ou de fonctions et services inférieurs.

Le bon produit est celui qui répond efficacement à ses besoins en l'aidant à accomplir une tâche précise.

 

Quand les deux notions sont réunies, le produit a de sérieux atouts pour assurer de la rentabilité à l'entreprise et renforcer son image sur le marché.

 

 

Apple, l'exemple à suivre ?

 

De mon point de vue de designer, oui, parce que le design y trouve une place de choix et oriente toute la stratégie de l'entreprise. Ici le design organise et impose à la conception un niveau de qualité extrêmement exigeant, sans compromis.

Les moyens à mettre en oeuvre sont importants et la réalité est que peu d'entreprises en ont les ressources, ou se les donnent comme il conviendrait de le faire.

Toutefois, l'intégration du design à la manière d'Apple n'est pas nécéssairement la voie à suivre pour rendre son entreprise performante !

 

Les détails

 

J'entends ou lis souvent que le design d'aujourd'hui se doit d'être minimaliste, épuré, au service de la fonction. Soit, c'est s'inscrire dans l'époque et c'est aussi pour partie mon credo, mais cet objectif est-il suffisant à l'heure ou tous s'y attèlent ?

 

Pour ne pas tomber dans un design au style commun, où le minimalisme est parfois synonyme d'appauvrissement des formes, l'un des ingrédients du succès est à mon sens dans "le travail des détails". Ils sont de véritables éléments de signature de la marque, ils l'affirment et la différencient.

 

 

L'archétype

 

Un produit épuré n'aboutit pas naturellement à un produit archétypal. Celui-ci se nourrit de culture, de références au passé, d'une attente invisible des consommateurs liée aux produits qu'ils ont possédés, désirés et aussi détestés.

 

Cela n'a rien d'antinomique avec la modernité, bien au contrainte, un produit archétypal s'ancre instantanément dans son époque, il devient le produit phare du marché, il est celui que l'on semble déjà connaitre sans pourtant ne l'avoir jamais vu, tel une évidence. Il surclasse les autres et devient la référence des innovations qu'il porte.

Et cerise sur le gâteau, le produit archétypal est bien souvent un produit pérenne.

Si le projet le permet, ce produit est autant que possible mon objectif.

 

 

Le goût

 

Tout le monde à son opinion sur la question du style, nous avons tous nos propres goûts. La notion de bon goût et de mauvais goût peut prêter à maintes discussions qui ne trouvent parfois pas de consensus. Après tout ne dit-on pas que les goûts et les couleurs ne se discutent pas ?

 

Et pourtant, le designer se doit d'en parler avec conviction. Mon travail de plastique de l'objet est sans cesse justifié. D'ailleurs, dans l'exercice de ma profession, j'ai banni de mon vocabulaire "j'aime, je n'aime pas".